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Le jardin secret d'Ignazio

28.09.2017

L’Illustré, 29.9.2017

PHOTO BERNARD VAN DIERENDONCK

TEXTE YAN PAUCHARD

Ignazio Cassis aime pousser la chansonnette. Le dimanche matin, après une longue semaine passée à Berne, l’homme trouve refuge dans la bibliothèque de sa maison, adossée aux collines de Montagnola, non loin de Lugano. Il chante de sa voix grave quelques airs populaires italiens, accompagné de sa guitare. Un instrument dont il joue avec seulement neuf doigts. A l’âge de 13 ans, il s’arrache l’auriculaire droit en tentant de franchir une barrière en métal. L’amputation l’oblige à abandonner le piano. Il se met à la trompette. Le premier imprévu d’une vie qui en comptera beaucoup.

Car rien ne prédestinait ce calme et affable médecin à devenir le 117e conseiller fédéral. Contrairement à ses deux adversaires, Isabelle Moret et Pierre Maudet, Ignazio Cassis ne s’est lancé que tardivement en politique, à 40 ans passés. C’est bien lui, après une carrière éclair, qui, ce mercredi 20 septembre 2017, lève les trois doigts devant l’Assemblée fédérale pour lancer «lo giuro» (je le jure). L’élection du Tessinois  marque le retour de l’italianité au gouvernement après une absence de près de vingt ans.

Né le 13 avril 1961, Ignazio Cassis grandit à la campagne, dans le village de Sessa, sur les hauteurs du lac de Lugano. C’est le pays des châtaigniers. Il est le troisième enfant et seul garçon d’une fratrie de quatre.  Avoir trois soeurs et une seule salle de bain m’a obligé à développer de redoutables techniques de négociation», aime-t-il raconter. Son père, un paysan reconverti dans le domaine des assurances, est un homme dur. La règle qu’il inculque à son fils est: «Si tu tombes, tu dois te relever seul.» Le jour de l’amputation de son doigt, le jeune Ignazio Cassis se retrouve ainsi seul à l’hôpital à attendre son opération, durant plusieurs heures. Le garçon, que ses sœurs ont surnommé «Tato», plus facile à prononcer qu’«Ignazio», est très vif, plein d’énergie. «Aujourd’hui, on m’aurait donné de la Ritaline», sourit-il. Il est surtout passionné de musique, féru du jazz des années 40-50, fan de Pink Floyd et de Supertramp. En dehors de l’école, il travaille dans un magasin pour pouvoir s’acheter la chaîne hi-fi de ses rêves.

Après avoir hésité à devenir ingénieur pour travailler dans le domaine du son, il se lance en médecine. Comme de nombreux Tessinois, il doit s’exiler pour étudier. Ce sera l’Université de Zurich et la vie en colocation à quatre. Il provoque la fureur de son père après avoir emprunté la voiture familiale sans autorisation pour traverser le pays et aller rejoindre une fille à Vernier, avec sa guitare comme seul bagage. Puis ce sera la rencontre avec Paola, de deux ans sa cadette, étudiante en médecine comme lui à Zurich, qu’il charmera grâce à sa gaieté et à sa joie de vivre. Il est originaire du sud du Tessin, elle du nord. A l’époque, c’est un peu l’équivalent de Roméo et Juliette. Ils ne se quitteront plus, avec comme seule ombre le fait de ne pas avoir pu avoir d’enfants.



Après leur diplôme, le jeune couple s’installe trois ans sur les bords du lac Léman, à Lutry. Elle travaille comme radiologue au CHUV, lui à l’Institut de médecine sociale et préventive de Lausanne. «Ce furent de magnifiques années, se souvient Paola. Je n’avais pas trop envie de rentrer au Tessin. » Mais Ignazio Cassis envisage d’y ouvrir un cabinet d’oto-rhino-laryngologie. Il ne le fera jamais. La direction de l’hôpital de Lugano cherche quelqu’un pour mettre en place le premier service consacré à l’épidémie du sida, qui fait des ravages. Personne ne se propose. La maladie fait peur. Ignazio Cassis accepte de relever le défi et ouvre la première antenne sida du canton. Sa carrière connaîtra encore un tournant quelques années plus tard. Au moment où il doit partir se perfectionner en épidémiologie aux Etats-Unis, à Atlanta, il est nommé en 1996 contre toute attente médecin cantonal. Il a tout juste 35 ans. Ignazio Cassis ne se voit alors pas en politique. C’est elle qui va venir le chercher. En 2003, le PLR tessinois, qui a besoin de personnalités pour «muscler» sa liste en vue de l’élection au Conseil national, s’approche de lui. Ses amis médecins le lui déconseillent vivement: «Tu seras critiqué et tu gagneras moins.» Mais ce grand amateur des films d’Indiana Jones a le goût de l’aventure. Il accepte et termine premier des viennent-ensuite. Quatre ans plus tard, il fait son entrée sous la Coupole à la suite du départ sa collègue de parti.

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Ignazio Cassis